Marcel Léger
(1878-1934)

Nécrologie
parue dans le Bulletin de la SPE

 

Ce n'est pas (…) sans une profonde émotion que nous avons appris en juillet la disparition si rapide de notre éminent Secrétaire Général Marcel Léger. C'est une belle figure qui disparaît, beaucoup trop tôt pour nous.

Marcel Léger fut en effet ici un animateur de premier ordre. Ses connaissances si vastes en pathologie exotique lui faisaient bien souvent prendre la parole et intervenir dans les discussions qui animent nos séances. Il y apportait toujours cette belle clarté de vues, cette argumentation si variée et si solide qu'il devait à son labeur inlassable, à sa grande intelligence, à la variété des sujets d'étude qu'il avait abordés au cours de ses nombreux séjours sous les tropiques.

Originaire de la Guadeloupe, où il naquit en septembre 1878, fils de médecin, il vint en France faire ses études, et entra à l'Ecole de médecine navale de Bordeaux, dont il fut un des brillants élèves. Sa première campagne se passe au Soudan (1902) où il se trouvera aux prises avec la fièvre jaune. En 1906, au Tonkin, il s'oriente définitivement vers les recherches de laboratoire.

En 1908, il fait un stage à l'Institut Pasteur dans le service du Professeur Mesnil dont il deviendra l'ami fidèle et le collaborateur le plus dévoué.

Il part pour Tonkin en 1909, où il dirigera pendant deux ans l'Institut vaccinogène de Thaï-ha-Ap. Il y fera preuve de l'activité la plus grande et, en collaboration avec son ami Mathis, s'attachera à l'étude des sujets les plus variés, intéressant au premier chef la pathologie locale.

Ces recherches dénotaient une activité scientifique peu commune et un goût tout particulier pour la microbiologie qu'il songea bientôt à enseigner. En 1921 il était nommé, après un brillant concours, professeur adjoint à l'École d'application de Marseille dans la chaire de bactériologie et d'épidémiologie dont j'étais le titulaire.

Marcel Léger fut pour moi le parfait collaborateur, qui fit preuve alors des belles qualités techniques qu'il allait si bien savoir utiliser et mettre en valeur pendant les dix-huit mois qu'il dirigera un laboratoire d'armée au cours de la grande guerre. Il le quittera en août 1916 pour aller servir en Guyane où ses fonctions de Directeur du Service de Santé ne l'empêcheront pas de se livrer à de nombreuses recherches de laboratoire, qui mettront en lumière bien des points encore obscurs de la pathologie du pays. Il ira ensuite terminer sa carrière militaire à Dakar où il prendra la direction de l'Institut de Biologie, devenu, sur sa demande, une filiale de l'Institut pasteur de Paris.

Il allait trouver là le merveilleux champ d'investigation que lui offrait une pathologie aussi variée que celle que l'on peut observer dans notre plus grand port africain.

C'est en 1925 qu'il prit prématurément sa retraite.

Partout, sous les tropiques, au Soudan en Annam, au Tonkin, en Guyane et en Afrique occidentale, Marcel Léger accumulera une somme de matériaux considérable, intéressant la parasitologie, la microbiologie, l'hygiène et l'épidémiologie. Ils feront l'objet de nombreuses communications aux Sociétés savantes, en en particulier à notre Société.

Il élucidera certains points importants de l'étiologie de la peste, insistera tout particulièrement sur le rôle des porteurs sains de bacilles pesteux, et sur celui éventuel de l'homme dans la diffusion de la maladie à longue distance.

L'étude de la lèpre le passionnera et il publiera des notes très documentées sur son étiologie, sa prophylaxie et son traitement.

Mais ce sera surtout la grande endémie des tropiques, le paludisme, qui l'intéressera au suprême degré. Il l'étudiera en Corse au cours de plusieurs missions que lui confiera l'Institut Pasteur. Il lui consacrera de longues et patientes recherches et apportera une magistrale contribution à l'étude de sa prophylaxie et de son traitement.

Le parasitisme intestinal, les leishmanioses, l'amibiase ne le laisseront pas indifférent.

Marcel Léger était un épidémiologiste aussi averti, qu'il était bon bactériologiste. Aussi le voit-on, quand il prend sa retraite, s'engager avec son âme d'apôtre dans cette voie si féconde de la prophylaxie des maladies sociales, en particulier de la syphilis. Il sera à l'Institut prophylactique un des meilleurs collaborateurs du Docteur Vernes.

Marcel Léger était lauréat de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences, il faisait partie de plusieurs sociétés savantes et était membre de l'Académie des sciences coloniales.

Il restera aux yeux de beaucoup d'entre nous le modèle parfait du médecin colonial. Son labeur acharné, son dévouement de tous les instants, son absolu désintéressement, sa parfaite camaraderie, lui ont valu de nombreux admirateurs et beaucoup d'amis. Sa disparition sera partout vivement ressentie et en particulier dans notre Société.