Léon Launoy
(1876-1971)

 

Léon LAUNOY est né le 27 août 1876 à Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres et a fait ses études à Paris. Licencié ès sciences naturelles et interne des hôpitaux en pharmacie à 23 ans, il a mené de front la dissection des grands mammifères au Muséum national d’histoire naturelle et les fonctions d’interne en pharmacie à l’hôpital de la Pitié. À cette époque, la biologie clinique n’avait pas encore pénétré dans les hôpitaux et les fonctions d’interne en pharmacie étaient bien différentes de ce qu’elles sont devenues: l’interne préparait les médicaments, presque tous des préparations magistrales ou surveillait leur préparation par du personnel subalterne; surtout, il suivait la visite du médecin chef du service auquel il était affecté, comme conseiller thérapeutique du médecin au lit du malade. Léon LAUNOY eut la chance d’être placé au service de BABINSKI et fut subjugué par l’enseignement du maître qu’il suivit pendant trois ans. À la même époque, il rencontra une personnalité bien différente, mais tout aussi exceptionnelle, en la personne de Jean-Henri FABRE qui allait lui aussi le marquer profondément, l’initiant à l’entomologie mais aussi à la poésie du félibrige. Ce séjour d’un mois seulement l’orienta vers l’action des venins qui lui fournirent le sujet de sa thèse sur les phénomènes nucléaires de la sécrétion; en allant la présenter, en 1903, au Pr DELEZENNE qui dirigeait le laboratoire de physiologie de l’Institut Pasteur, il rencontra, selon son propre avis, le troisième des maîtres auxquels il dut sa formation de chercheur. Engagé volontaire en 1914 comme simple soldat et attaché au laboratoire de la 10e Armée, il parvint à diagnostiquer, en mars 1915, la nature du gaz, le chlore, utilisé par les Allemands, ce qui lui valut la Croix de guerre et, en 1920, la Légion d’honneur à titre militaire.
Ce n’est qu’en 1938, cinq ans avant d’être atteint par la retraite, qu’il accède enfin à la chaire de zoologie de la faculté de pharmacie. Mais il avait su organiser ses recherches en dehors de l’Université: à l’Institut Pasteur, en devenant le collaborateur physiologiste attitré d’Ernest FOURNEAU et dans les Établissements Poulenc Frères dont les activités pharmaceutiques étaient dirigées par Francis BILLON; celui-ci lui demanda, en 1904, de l’aider à lancer une nouvelle revue financée par Poulenc Frères, Biologie médicale, ce qu’il fit avec enthousiasme. Il en resta le directeur scientifique jusqu’en 1957.

Entre les deux guerres, Léon LAUNOY fut l’un des premiers en France à concevoir l’importance de la statistique dans l’évaluation de la toxicité et à utiliser, à la place de la dose minimale mortelle, la dose létale 50 %, qu’il appliqua dans son laboratoire de contrôles industriels. Jusqu’en 1954, il a continué inlassablement l’étude biologique des molécules nouvelles; nous n’en retiendrons que son travail sur l’action préventive des nouveaux composés arsenicaux sur une trypanosomose expérimentale de la souris. En 1950, à l’âge de 75 ans, il entreprend, pour la première fois de sa vie, le voyage en Afrique occidentale pour aller sur place se rendre compte des conditions de la lutte organisée contre la maladie du sommeil.

Outre Biologie médicale, Léon LAUNOY collaborait à plusieurs revues scientifiques et était très soucieux du contact avec le public. Membre de l’Académie de pharmacie depuis 1917 et de la Société de biologie depuis 1918 (qu’il présida l’une et l’autre, respectivement en 1959 et en 1940), il fut élu à l’Académie nationale de médecine en 1949 et en suivit assidûment les séances jusqu’à quatre-vingt-treize ans, faisant preuve d’une énergie et d’une vitalité étonnantes, malgré les difficultés qu’il avait rencontrées dans sa carrière et les deuils familiaux qui attristèrent ses dernières années.

A. Chippaux