Georges Girard
(1888-1985)

 

Georges GIRARD est né à Isigny-sur-mer (Calvados) le 4 février 1888. Il entre à l’École de santé navale de Bordeaux et en sort licencié ès sciences et docteur en médecine en 1913. Il participe à la première guerre mondiale jusqu’en 1917; il est alors relevé et affecté à la base militaire de Diégo Suarez, base de tri pour l’envoi des tirailleurs malgaches en métropole. Peu après, il met en évidence des œufs de Schistosoma mansoni dans les selles de tirailleurs malgaches; cette maladie n’avait pas encore été décrite à Madagascar, et c’est là son premier travail présenté à la Société de pathologie exotique, dont il devient membre titulaire en 1922. À son retour en métropole, il fait un stage à l’Institut Pasteur et l’épidémie de peste qui survient alors dans la Grande île provoque son envoi à Tananarive pour prendre la direction de l’Institut de bactériologie, fondé en 1899 par THIROUX avec l’appui de GALLIENI, et devenu Institut Pasteur. Il va le moderniser et l’agrandir et en restera le directeur jusqu’en 1940. Outre la peste, qui suscite la terreur générale et mobilise son attention et sa technicité, il va étudier la pathologie malgache et en donner un aperçu dans un grand nombre de publications.

Selon A. DODIN, les travaux de G. GIRARD sur la peste peuvent se résumer en trois périodes. Il va d’abord démontrer la réalité de la peste pulmonaire qui était contestée et il en délimite l’ère d’extension. Il va ensuite préciser la relation entre la coutume du retournement (famadinha) qui veut que l’on change les linceuls quelques mois après la mort et l’apparition de bouffées épidémiques causées par les puces restées vivantes dans les linges du cadavre. Il va enfin mettre au point, avec J. ROBIC, un vaccin vivant à partir d’une souche atténuée de bacilles pesteux qui permettra le contrôle de la “Grande Maladie” pendant plusieurs dizaines d’années. COULANGES a pu constater que “la peste n’a pas donné la gloire à ceux qui en ont découvert les mécanismes. Ni YERSIN, ni P.L. SIMOND, ni GIRARD, ni ROBIC n’ont vu leur œuvre couronnée par un prix Nobel qui eût été pourtant bien mérité”. Dans une lettre à DODIN, G. GIRARD rétorque : “Jamais une telle idée ne nous serait venue à l’esprit. Les prix Nobel se décernent à des créateurs et nous sommes des continuateurs” (sauf SIMOND précisait-il).

À la suggestion de MESNIL, et avec l’appui du directeur du Service de santé de Madagascar (le médecin général THIROUX), G. GIRARD crée une filiale de notre société.
Il rentre en France en 1940, demande son congé d’armistice et prend tout naturellement la succession de DUJARDIN-BEAUMETZ à la tête du service de la peste, jusqu’à sa retraite en 1959. Tout en poursuivant ses cultures de bacilles pesteux, il va se consacrer à l’étude de la pseudo tuberculose chez l’animal et il sera le premier à mettre en évidence la réalité de la tularémie en France.

A. DODIN, qui le connaissait bien et l’admirait, le décrivait comme un homme méticuleux, précis et droit. Sa “rigueur toute scientifique qui lui avait permis d’aborder sans dommage physique, ni pour lui ni pour les autres, des maladies dangereuses… l’amenait parfois à paraître sévère, voire même dur avec son entourage”.

A. Chippaux