Henri Félix

Né le 25 septembre 1923 à Albertville en Savoie, Henri Félix fut admis à l’École du service de santé militaire de Lyon en 1942. Pas du tout  “Maréchal nous voilà” comme il l’écrivit lui-même dans ses souvenirs publiés en 1998 par la Société de pathologie exotique, il interrompit rapidement ses études de médecine pour s’engager dans la résistance. Après un séjour dans le maquis du sud de la Drôme en 1944, il rejoignit la 1re Division française libre en Alsace comme adjudant infirmier.
Il reprit ses études en septembre 1945 et soutint sa thèse de doctorat fin 1948 à Lyon.
Après son stage à l’École d’application du Val-de-Grâce, il fut affecté à Sidi Bel Abbès en Algérie dans la Légion étrangère avant d’être muté en 1951 en Indochine, toujours dans la Légion. De 1951 à 1953, il passa 50% de son temps en opérations, plus périlleuses les unes que les autres.
À son retour d’Extrême-Orient, il se consacra à la médecine hospitalière. Il fut nommé par concours Assistant à l’hôpital Desgenettes à Lyon en 1954, puis Médecin des Hôpitaux en 1957. Il retourna alors en Algérie diriger le service de médecine de l’hôpital Baudens à Oran où, entouré d’une équipe d’internes dynamiques, il mena des travaux importants sur l’amibiase en particulier .
Agrégé du Val-de-Grâce en 1959, il retrouva l’hôpital Desgenettes à Lyon. Pendant 10 ans, il fut le chef incontesté des services médicaux et un enseignant hors pair dont purent bénéficier en particulier plusieurs générations de “Santards”.
Médecin-colonel, il quittera la carrière militaire par retraite anticipée en  septembre 1969… pour entreprendre une carrière civile à Paris qui s’avèrera tout aussi brillante.
Cadre supérieur dans un grand laboratoire pharmaceutique international, il y fut successivement affecté à la division de recherche fondamentale et thérapeutique dans le cadre des maladies infectieuses et tropicales puis conseiller de la direction générale jusqu’en 1993.

Il ne pouvait pas abandonner la clinique! Comment mieux le définir que le professeur Marc Gentilini qui écrivait dans la préface des Souvenirs d’Henri Félix en 1998: c’est “un homme de coeur, pas toujours facile à vivre au quotidien, car il a des convictions! Né pour la clinique de la sémiologie à la thérapeutique, il lui est resté viscéralement attaché pendant toute sa carrière”. Pendant 25 ans en effet, H. Félix fut le fidèle collaborateur de M. Gentilini comme attaché-consultant à mi-temps de l’Assistance publique de Paris dans le service des maladies tropicales du CHU Pitié-Salpétrière.
Pendant ce quart de siècle, il ne cessa jamais d’enseigner. Il fit également de très nombreuses missions outre-mer, essentiellement en Afrique francophone, pour ses travaux, en particulier dans le domaine du paludisme, de la lèpre et de la bilharziose. Mais sa réputation de tropicaliste est essentiellement due à ses observations lors de l’épidémie de choléra en Afrique dans le début des années 1970 au cours de laquelle il démontra que la contamination interhumaine directe était évidente en zone sahélienne, le rôle de l’eau étant secondaire. 

C’est tout naturellement qu’il s’investit pleinement dans la Société de pathologie exotique dont il était membre depuis 1961. Élu au Conseil d’administration en 1970, il effectua trois mandats de vice-président de 1974 à 1986 avant d’être président de 1987 à 1990.

Il fut impliqué dans près de 300 publications dans des revues médico-scientifiques dont 189 relèvent de l’infectiologie et de la pathologie tropicale.

Il prit sa retraite définitive en octobre 1994 à 70 ans.

Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre national du mérite, Chevalier des Palmes académiques, il avait également reçu la Croix de guerre avec palme en 1945 et la Croix de guerre avec étoile de vermeil en 1953.

Il s’éteignit au Val-de-Grâce le 24 novembre 1998.

P. Saliou


Avant-propos de l'ouvrage
Souvenirs (1940-1997) – Collection SPE

 

Avec les “Souvenirs d'Henri Félix”, c'est une chronique nouvelle que nous inaugurons: celle du témoignage de nos aînés sur une époque proche et pourtant déjà révolue. Tant de bouleversements, d'accidents, de guerres, de vivants et de morts dans leurs mémoires, évoqués pour la nôtre; pour toutes ces années difficiles au cours desquelles ils ont appris à “s'en sortir”, à maîtriser les événements, non à les subir. Et ils nous tracent la route pour le faire à notre tour.

Comme pour chacun d'entre nous, leur voix un jour s'éteindra. Souhaitons qu'ils puissent tous exprimer le temps d'un retour sur leur passé, devenu notre histoire, l'essentiel de ce que nous devrons retenir de leur personnalité, de leur démarche, de leur témoignage, de leur leçon.

Henri Félix est un homme de coeur, pas toujours facile à vivre au quotidien, car il a des convictions! Né pour la clinique, de la sémiologie à la thérapeutique, il lui est resté viscéralement attaché pendant toute sa carrière.

J' ai découvert son nom il y a plusieurs décennies, à travers des publications sur l'amibiase intestinale et les ambicides, mais aussi pendant la guerre d'Algérie, alors qu'il était le Médecin-chef de l'hôpital Baudens d'Oran où j'avais été chargé de convoyer des légionnaires blessés d'Aïn-Sefra ou de Méchéria. À cette époque, je ne l'ai jamais rencontré, j'ai seulement vu ses internes en salle de garde, que je prenais pour des “citadins”, tant était modeste et rustre mon équipement de “saharien”. Il avait la réputation d'être un animateur et un excellent enseignant. Je n'ai jamais tenté, avec ma modeste barrette d'aspirant ou de sous-lieutenant, d'aller jusqu'au colonel!

J'ignorais que, douze ans plus tard, j'aurais le privilège de l'accueillir dans le service dont je prenais la charge à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, le 1er avril 1970. Notre collaboration dès lors fut fructueuse et continue, avec d'excellents moments et quelques heurts, logiques, indispensables, stimulant l'amitié.

Henri Félix a été de toutes les fêtes et de tous les drames du service. Il a tenu son rôle d'aîné et de conseiller, en même temps qu'il conduisait des essais thérapeutiques avec l'efficacité que l'on sait.

J'ai été heureux, au cours de ces 25 ans d'échange quotidien, de pouvoir bénéficier des conseils, ou seulement du dialogue, de tous ceux qui, comme lui, m'ont tant aidé.

Mon témoignage n'est qu'un parmi tant d'autres, celui de ses élèves, de ses amis, de ses collègues, qui auraient pu dire, mieux que moi, qui est Henri Félix.

M. Gentilini